L’identification d’un vivant. Troisième partie. Noli me tangere

15 février 2012 § Poster un commentaire

Quelques images du « Noli me tangere »

1.  Duccio

Duccio, Marie de Magdala. Maesta, Sienne

Sur l’un des 153 panneaux de la Maesta : Marie de Magdala est à genoux, enveloppée d’un grand manteau rouge, le visage bouleversé, elle tend les mains vers Jésus. Lui porte de la main gauche l’étendard de la Résurrection, signifiant qu’il est déjà dans un autre monde. Il retient de la main droite le pan de son manteau, et s’éloigne…   Mais dans son attitude et plus encore dans son regard, il est facile de percevoir une infinie tristesse à l’idée de devoir l’abandonner alors qu’elle s’avance vers lui avec tant d’amour.

Le fond d’or, les rochers abrupts et les deux arbres noirs qui encadrent le Christ renforcent l’intensité dramatique de la scène. A la manière d’une peinture chinoise…

 2. Fra Angelico

Plus d’un siècle se passe. Dans l’une des cellules du couvent San Marco, trois couleurs, le rose de la robe de Marie, le blanc éclatant du manteau du Christ et du rocher dans lequel a été creusé le tombeau, le vert de ce jardin clos par une palissade de bambou : le Hortus conclusus du Cantique des cantiques.

Fra Angelico, San Marco

 La figure de Marie de Magdala fait penser à celle de la Vierge de l’Annonciation, mais le corps est déjà celui d’une jeune femme… Elle tourne le dos à la porte ouverte du tombeau, elle a vu cet homme en blanc qui porte de la main gauche une houe sur l’épaule, le jardinier…

Elle a posé un genou en terre, elle s’interroge, elle l’interroge du regard, elle vient d’entrouvrir les bras, mais elle a déjà accepte ce qu’il va lui dire… Je suis la servante  du Seigneur…

Lui la regarde, il ne l’a peut-être pas encore appelée par son nom, mais déjà, d’un geste de la  main droite, il prend de la distance, et  ses pieds, touchant à peine le sol, sont déjà croisés pour partir. La scène se passe dans une prairie émaillée de petites fleurs, des blanches, mais aussi des rouges sombre, évoquant le sang versé pendant la Passion. Au fond, un palmier, symbole de résurrection…

 3.  Le Corrège

Encore presque un siècle… Au Prado. Peint entre 1520 et 1525, en pleine Renaissance. En haut et à gauche un paysage déjà romantique. En bas et à droite, Jésus et Marie de Magdala baignés par une lumière dorée, blonde chaude. Ces deux espaces picturaux sont séparés par une diagonale parfaite dessinée par leurs visages, leurs épaules, leurs bras et leurs mains.

Admirez la subtilité du langage de ces quatre mains qui se parlent  avec une telle intensité sans jamais se toucher.

Le Correge, Noli me tangere, Prado

 Marie est une jeune femme superbe, dont on devine les formes abondantes sous la robe de cérémonie, comme on en portait alors dans les riches familles patriciennes. Agenouillée, les bras largement ouverts, la figure tendue en avant, sous les cheveux d’un  blond vénitien…  le regard ardent de désir : « Prends- moi dans tes bras ». Lui, il  est si beau, un jeune Dieu, à demi-nu, sous sa tunique bleue, ce jardinier, le gardien de son jardin secret, disait  Françoise Dolto… Il lui a déjà dit : « Mariam ». Il la regarde avec intensité, mais aussi avec fermeté. C’est non. De la main droite il fait le geste de l’écarter. De la gauche, levée à bout de bras, il désigne un ciel que l’on ne voit pas.

4.  Bronzino

Bronzino, Louvre

Un peu plus tard, dans la grande galerie du Louvre, en 1539, un Florentin, le peintre officiel du Grand-Duché de Toscane, montre une jeune fille, déjà femme, elle aussi. Sous la robe bleue, les formes bien dessinées d’un corps superbe, fait pour l’amour. Un amour passionné qu’exprime son attitude et surtout les yeux noirs d’un visage exceptionnellement attachant dessiné à la perfection.  Lui aussi, le jardinier avec la bêche, il l’aime vraiment, il la désire encore sans doute, mais il demeure sur la réserve…

 Bronzino ne fera pas de Jésus l’amant de Marie de Magdala. Mais je me réjouis  de constater qu’elle ait pu éprouver pour lui un tel désir de femme, montrant ainsi que l’exaltation de Jésus dans la  gloire de Dieu ne l’a pas empêche pas de demeurer aujourd’hui encore, un homme comme nous… à qui nous pouvons parler : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps… »

5. Mafa  

Mafa, enfin, une artiste contemporaine a  peint cette vision africaine du Noli me tangere : Marie-Madeleine, en boubou rose, à genoux, lâche sa cruche et tend les bras vers un beau jeune homme noir à moitié nu dans un décor de rochers et de savane…

Mafa. Vie de Jésus. Marie Madeleine

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L’identification d’un vivant. Deuxième partie. Les apparitions

13 février 2012 § Poster un commentaire

A.  Des témoignages

Etranges, invérifiables, proprement  incroyables…

Dès le dimanche, au petit matin, la rumeur s’est répandue parmi les disciples. Pas le temps de la fabrication d’une légende. Ni bruit, ni éclairs. La plus grande simplicité.
Je relis les dires de ces disciples. Si je les en crois, ils auraient d’abord vu en Jésus  un vivant. « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts » (Lc. 24, 6) ?

Chaque jour de la semaine de Pâques, l’Eglise catholique  nous faisait entendre le récit de l’une de ces apparitions, en attendant celle du dimanche de Quasimodo en présence de Thomas.

Des récits parfois en contradiction les uns avec les autres, quant aux personnes, quant aux moments, quant aux lieux, simplement  parce qu’ils ont été élaborés par des communautés différentes.

Pour Marc, tout se serait déroulé au cours de la seule journée de Pâques. Pour Luc, Jésus serait apparu à ses disciples pendant quarante jours, avant de « s’élever au ciel » sous leurs yeux. Et ces différences ont eu un impact, et sur le calendrier liturgique et sur les images des artistes…

Il est impossible d’écrire une biographie du Ressuscité, ni même de mettre de l’ordre dans les traces qu’il a laissées. Peu importe finalement à mon avis. Si le vôtre est différent, merci de me le dire. « Lire la suite »

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